Lundi 28 avril 2008

Par odovin

Le Savour Salm s'est réuni ce Jeudi 24 Avril pour une dégustation consacrée aux vins de Mas Jullien.
Certains d'entre nous motivés par le thème n'ont pas été effrayés à faire un nombre de kilomètres conséquents pour venir. Mention particulière pour Yves qui, revenu de San Francisco dans l'après-midi, n'a pas hésité à se joindre à nous.



PRESENTATION :
Les vignes composant les vins de Mas Jullien sont dispersées, puisque les parcelles s'étalent sur une vingtaine de kilomètres d' Est en Ouest et d'environ 25 kilomètres du Nord au sud.
La superficie est d'environ 15 Ha avec achats de parcelles régulières.
La base des sols est argilo-calcaire avec cailloutis,mais on peut aussi trouver de la silice ou des grès.
Olivier Jullien est un homme qui se veut libre de ne pas devoir revendiquer une certification quelle soit biologique ou biodynamique.
Son crédo est d'être le plus possible à l'écoute de ses vignes et d'essayer de comprendre ce qu'elles peuvent exprimer.

Nous proposons 2 compte-rendus complémentaires de cette dégustation : le 1er est analytique et assez formel tandis que l'autre privilégie une forme plus sensitive  et synthétique.

LA DEGUSTATION  :
- 2 vins blancs : 2006 et 2000.
- Etats d'âme 2006.
- Carlan 2006.
- Vertivale Mas Jullien rouge : 2005, 2003, 2002, 2001, 2000, 1999, 1998, 1997 (Cailloutis-Depierre), 1994 (Depierre).
Les bouteilles sont ouvertes 1h 1/4 avant le début de la dégustation, dégagées à l'épaule puis rebouchées. Le vin prélevé est réintroduit  dans la bouteille au moment du service.
Les Blancs sont servis à 11°, les Rouges à 14°.

MAS JULLIEN BLANC :
- composé de 40 % de carignan blanc ( parcelle achtée il y a 2 ans), 30% de grenache blanc, puis viognier, clairette, roussane....
- l'âge moyen des vignes est supérieur à 30 ans.
- les sols sont surtout calcaires.
- la vinification a changé à partir du millésime 2000 avec réduction du débourbage.
- la fermentation se fait en 1/2 Muids, sans malo-lactique.
-l'élevage dure entre 12 et 18 mois.  

Millésime 2006 :
 

robe jaune claire.
nez net sur la réglisse, le citron confit et la fleur d'églantine. A l'aération, apparition de notes légèrement beurrées et de fenouil.
bouche fraîche, anisée, équilibrée, bien structurée, construite sur une acidité mure, précise et intégrée donnant de la longueur et de l'élégance.



Millésime 2000 :
robe jaune plus intense.
nez plus puissant, beurré, notes citronnées, truffe blanche avec une sensation d'élevage plus présent.
la bouche plus large à l'attaque, développe un beau gras en milieu de bouche mais se fait moins précise en 2ème partie avec un retour sur l'élevage et une acidité moins définie.


ETATS D'AME 2006 :

Le 1er millésime date de 1990.
Cuvée à grenache majoritaire, élevée 1 an en 1/2 muids, puis assemblage et remise en cuve.
- belle robe rubis.
- nez expressif sur les fruits rouges (cerise aigre-mûr) cacaotés.
- la bouche offre une attaque franche sur des arômes fruités (airelle), relayée par des tanins marqués non asséchants et une acidité importante donnant de la fraîcheur à l'ensemble. Vin gourmand.



CARLAN 2006 : 
Issu d'un terroir schisteux et gréseux.
Composé essentiellement  de vieux grenache ( 70%), carignan ( 20%) , cinsault et un poil de syrah.  
Elevage en foudres neufs de 20 Hl.
- robe rubis profonde.
- le nez subtil, gagne en finesse et s'exprime sur les fruits rouges.
- la bouche gagne également en suavité de texture du fait d'un grain de tanin mieux défini. L'acidité est plus intégrée à l'ensemble. Ce vin conjugue fraîcheur, naturel et gourmandise.

VERTICALE MAS JULLIEN ROUGE :
Olivier Jullien n'a pas cessé d'évoluer dans sa réflexion pour essayer d'aboutir au vin dont il rêve;
Jusqu'au millésime 1996, 2 cuvées étaient produites ( Cailloutis et Depierre).
En 1997 les 2 cuvées étaient réunies.
L'encépagement du vin a changé au fil de l'acquisition de parcelles de vieilles vignes : diminution du grenache pour aboutir à un partage quasi égal entre carignan, mourvèdre et syrah.
Le mode d'élevage a également évolué : cuves inox jusqu'en 1998 puis passage aux 1/2 muids total à partir du millésime 2000 pendant 1 an et 2ème année d'élevage en foudre.
A noter un égrappage total sur 2005.



 
Millésime 2005 :
- Robe rubis profond.
- Nez réservé, net, complexe, profond, mêlant des notes florales et de fruits rouges (cerise au cacao).
- La bouche développe une chair magistrale, mure, dense, avec un grain de tanin plus élégant que le vin précédent. Finale précise et longue. Pour beaucoup d'entre nous, le plus complet Mas Jullien goûté jeune.

Millésime 2003 :
- Robe rubis plus claire.
- Nez plus chaleureux, sur la réserve, avec des notes de fruits à l'alcool mais sans lourdeur.
- Bouche large, à la texture moins serrée, puissante, avec comme présente actuellement  certains 2003, une sensation de tanins un peu asséchants. S'agit-il d'une phase transitoire de fermeture ou d'une marque du millésime extrême qui avait provoqué par stress hydrique un blocage phénolique?

Millésime 2002 :
- Robe rubis brillante.
- Nez expressif, net , sur les cerises, le cacao et la réglisse.
- Bouche harmonieuse, équilibrée, pleine à la trame tannique fine. Fin de bouche suave sur une acidité fine.
 Pour moi, le plus beau et le plus élégant 2002 du Sud dégusté jusqu'à ce jour. A boire.

Millésime 2001 :
- Robe rubis profonde.
- Nez réservé, complexe, profond, floral (pétale de rose), fruité et épicé dans un tableau plus "atlantique" que languedocien.
- Bouche d'une très belle densité, pleine, déployant une sève racée, fine, fraîche très harmonieuse. Grand vin à attendre.

Millésime 2000 :
- Robe rubis lumineuse.
- Difficile pour ce vin de succéder au précédent. Le nez plus riche ne présente pas la même précision. Arômes épicés de fruits noirs sur un profil plus sudiste.
- La bouche, plus large que profonde, réglissée, présente une texture plus rustique, mais aussi plus moelleuse ce qui lui donne du charme.
 A revoir.

Millésime 1999 : 
- Première robe avec un début d'évolution.
- Nez expressif, complexe, commençant à développer des arômes secondaires de sous-bois mentholés, de tabac, d'orange sanguine,et d'épices orientales .
- La bouche, fraîche, est à l'unisson du nez avec une texture raffinée évoquant un style bordelais.  Ce vin fait penser pour certains d'entre nous à Haut- Marbuzet. On peut commencer à le boire.

Millésime 1998 :
- Robe avec franges d'évolution.
- Le nez complexe retrouve les notes de sous-bois, de menthol et d'orange confite mais aussi des arômes de cuir noble.
- En bouche, le vin présente une phase de plénitude avec un fondu de toutes les composantes : tanins, épices, acidité mentholée. Toutefois, il ne présente pas le caractère charnel du 2005 ni la sève et la profondeur du 2001. A maturité.

Millésime 1997 Depierre/Cailloutis :
- Robe évoluée.
- Le nez est sur des arômes de fruits de sous-bois et de tabac.
- La bouche évoluée évolue sur une trame gourmande, mure , douce,un peu terne mais structurée  semblant  ne pas pouvoir évoluer dans l'avenir. A boire sans tarder.

Millésime 1994 Depierre : 
- Robe évoluée.
- Le nez reprend les composantes du vin précédent.
- Par contre, en bouche , le vin est  source d'émotion, plus vivant, plus vibratoire, complexe, développant une belle densité et une belle longueur  .

Commentaire :

 Nous n'avons pas la prétention d'avoir appréhendé toute la personnalité complexe de Mas Jullien. Cependant, après avoir goûté ces différents millésimes, nous pouvons exprimer quelques remarques :
- il existe une véritable identité de ce vin qui s'affirme par sa fraîcheur, sa finesse, et son équilibre plus "atlantique" que languedocien.
- ces caractères s'enrichissent au fil des millésimes d'une profondeur et d'une sève, surtout à partir du millésime 2001.
- on ne perçoit dans aucun vin rouge de notes d'élevage intempestif.
- Mas Jullien est un vin de garde.
- à noter que nous n'avons pas rencontré de problèmes de bouchon sur 14 vins ce qui est rare.



















" Impressions d'une béotienne de Mas Jullien à propos d'une verticale 
( 2005 à 1994) le 24 avril à Senones, dans les Vosges.

C'est un peu l'histoire de la rencontre avec un vin monacal et de la 
découverte de sa richesse intérieure. La rencontre commence là, en 
2005. L'entité est là, fermée sur elle même, hermétique au monde 
extérieur. On pourrait s'en aller en pensant que l'échange n'aura pas 
lieu et pourtant on perçoit quelque chose qui transparaît et qui 
interpelle. Alors on reste. On se concentre et on se laisse porter 
par le peu qui se donne. Le nez d'abord, réservé mais on est vite 
porté vers des arômes purs de cacao. La bouche est fermée, 
astringente, difficile car pas encore fondue, construite sur 
l'acidité qui estompe la sensation d'alcool. Cette acidité apporte de 
la vie, du rythme, de l'élégance et de la fraîcheur. Elle donne envie 
de continuer, à la recherche d'un échange moins retenu en se disant 
qu'elle a sans doute quelque chose à dire.
Le vin s'exprime peu au nez. Il aborde dès fois le registre des 
fruits rouges (2003,97) le plus souvent celui des fruits noirs très 
murs (2002, 2000, 98) pour se décliner lorsqu'il se complexifie, sur 
du cacao et du chocolat (2005, 2001, 94) du cuir et du tabac (98, 97, 
94) de la réglisse (2000) voir du menthol (99).
La bouche laisse transparaître une force intérieure très forte, 
dictée par l'acidité. Cette acidité donne de la tension, de la 
vibration, de l'élégance et de la longueur à l'entité. Tout au long 
du voyage au fil du temps, elle est constante et orchestre 
l'ensemble. Elle tient les rennes des autres composantes telles que 
la matière, les tannins, les arômes  et l'alcool.
Dans les millésimes les plus jeunes, certaines composantes se 
dérobent  de cette constante  comme la salinité en 2005 ou les 
tannins en 2003. La matière est très présente et s'affirme pour 
rendre l'entité 2002 flatteuse et accessible. En 2001, les arômes de 
cacao et une très belle matière flattent l' acidité qui devient alors 
très racée.
Le registre change à partir de 2000. L'acidité gagne en maturité et 
en élégance, elle libèrent les composantes et les placent dans une 
ensemble cohérent et équilibré. En 2000, elle met en scène une 
matière imposante associée à des arômes de fruits surmuris dérivant 
sur la réglisse et l'anis rendant ainsi l'ensemble prêt à être 
emporté. Toutes les composantes sont merveilleusement bien disposées, 
chacune à sa place dans 99. En 98, elle atteint un état de plénitude. 
Les arômes vont vers des registres de fruits très murs, de cuir noble 
et de tabac. La matière est parfaite, l'alcool à peine perceptible, 
les tannins soyeux. Tout est aboutit pour atteindre un état de 
sérénité. Le voyage s'estompe dans 97, l'acidité a déserté les lieux. 
Le voyage reprend en 94, l'éclat revient donner de la vie à 
l'équilibre général mais l'acidité a déjà perdu de son état vibratoire.

Sabine ."
Publié dans : Languedoc-Roussillon
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  • : Issu des vendanges 1963, ce qui n'est pas le plus formidable argument de qualité, je développe tranquillement mon système racinaire jusqu'au jour, où croisant un 1961, je décide d'arrêter la 1664. Depuis ce jour, je déguste , visite vignes et chais, rencontre vignerons et amateurs, enfin tout ce qui façonne le monde formidable du vin. Initiateur ou participant de clubs de dégustation, j'ai décidé de faire figurer ici les émotions de ma passion.
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